Interview Métiers de Science

Jérôme Gattacceca

Directeur de recherche au CNRS - CEREGE

Présentez-vous ainsi que votre environnement professionnel

Je suis Jérôme Gattacceca, directeur de recherche au CNRS, affecté au Centre Européen de Recherche et d’Enseignement des Géosciences de l’Environnement (CEREGE) à Aix-en-Provence dans l’équipe de recherche Physique et Structures. Les activités de cette équipe sont centrées sur l’utilisation des mesures physiques sur les roches afin d’appréhender des questions de géologie et de planétologie. Ma thématique de recherche actuelle est essentiellement la planétologie. J’étudie les météorites et les roches lunaires.

Qu’est-ce qui vous a amené à devenir chercheur ?

Ce n’est pas vraiment une passion d’enfance. C’est le hasard des rencontres, le goût pour les sciences, et la curiosité. Je désirais aussi être autonome et libre dans ma vie professionnelle. J’ai choisi les géosciences parce que j’étais attiré par les phénomènes naturels et le travail de terrain.

Qu’est-ce qui vous plaît dans la science ou qu’elle est votre dernière passion au travail ?

Le métier de chercheur est un métier de création. Pour cette raison, il offre une grande liberté sur les objectifs à atteindre et les moyens de les atteindre. Ce métier permet de faire de rencontres intéressantes car la plupart des travaux se font en équipe, localement et avec des chercheurs d’autres laboratoires. C’est un métier de partage. Avec son volet enseignement et formation, il permet des contacts avec les étudiants (doctorants par exemple) qui sont enrichissants. C’est un métier qui, comme je le disais précédemment, offre une très grande autonomie. C’est un métier qui ne connaît pas de routine.

Qu’est-ce que vous faite au quotidien ?

Mon activité se partage grosso modo entre travail de terrain (20%), travail de laboratoire (30%), travail de bureau (valorisation des résultats, 20%), encadrement (15%) travail administratif (demandes de financement en particulier 15%).

Quels sont les apports de la cristallographie dans vos recherches ?

Je ne suis pas cristallographe de formation, ni un spécialiste de cristallographie.

Mes recherches se font essentiellement à l’aide de mesures (essentiellement magnétiques) sur des échantillons macroscopiques qui sont des assemblages complexes de minéraux. Les propriétés magnétiques d’une roche sont la somme des propriétés des minéraux qui la compose. Il est donc intéressant pour moi de travailler avec des cristallographes qui peuvent "décortiquer" une roche et décrire les propriétés des minéraux individuels. C’est particulièrement intéressant en magnétisme car les propriétés des minéraux dépendent étroitement de leurs propriétés cristallographiques. Par exemple certains alliages de fer et nickel de même composition présents dans les météorites ont des propriétés magnétiques complètement différentes selon que leur structure est cubique ou tétragonale. Cependant le passage de l’échelle cristalline à l’échelle macroscopique est un saut conceptuel qui n’est pas toujours aisé à faire, et ce dans les deux sens.

Quel cursus universitaire (autre) avez-vous suivi ?

J’ai effectué les classes préparatoires pour intégrer une école d’ingénieur, l’École des Mines de Paris. Après mon Service National en Suède en tant que coopérant, j’ai réalisé une thèse de doctorat à l’École des Mines. Je suis ensuite parti en post-doc à Rome à l’Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia.

Quels sont vos projets de recherche pour 2014 ?

Je travaille sur plusieurs types de roches extraterrestres : météorites, micrométéorites, roches lunaires.

Je travaille sur l’histoire ancienne du système solaire par le biais de l’étude des météorites. Les mesures magnétiques sur les météorites permettent de révéler l’existence d’anciens champs magnétiques sur certains astéroïdes, ce qui nous renseigne sur leur fonctionnement intérieur puisque ces champs nécessitent par l’existence d’un noyau liquide en convection (phénomène de dynamo). J’étudie le flux de matière extraterrestre vers la Terre : Combien de météorites tombent sur notre planète chaque année ? De quelle nature sont ces météorites ? Ce flux a-t-il varié aux cours des derniers millions d’années ?

J’étudie les propriétés particulières de certains minéraux métalliques qui ne se trouvent que dans les météorites.

Je travaille aussi sur les roches lunaires. Ces études m’aident à comprendre l’histoire des champs magnétiques sur notre satellite et donc l’évolution de sa structure interne au cours du temps. Je travaille également de manière secondaire sur certains projets concernant la connaissance de notre planète : tectonique, datation de roches par méthodes magnétiques.

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Préparation d’une expérience de choc par laser pulsé sur des roches lunaires au Laboratoire de Combustion et de Détonique de Poitiers
Crédit : Jérôme Gattacceca / CEREGE