Georges Comte

Astronome au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille.

Présentez-vous ainsi que votre environnement professionnel...

Je suis Georges Comte, astronome (émérite depuis quelques jours) au LAM, dans l’équipe Physique des Galaxies. Comme son nom l’indique, cette équipe s’intéresse aux propriétés physiques des galaxies, à leur contenu et à leur évolution, à partir de données d’observation (en imagerie et en spectroscopie optique surtout, mais nous utilisons aussi bien d’autres données produites par d’autres équipes dans le monde, en radio, en infrarouge lointain, en ultraviolet…). Un volet important de nos activités concerne le traitement de ces données pour en faire des ingrédients interprétables dans des modèles physiques, l’informatique est donc un outil omniprésent dans notre activité quotidienne. Cette équipe a aussi une activité de conception et réalisation d’instruments (spectromètres notamment) pour les télescopes.

Quel cursus universitaire (autre) avez-vous suivi ?

Oh, c’était il y a bien longtemps, presque dans une autre vie : la fac des sciences à Rennes d’abord, en physique jusqu’à la maîtrise, puis le 3e cycle à Marseille.

Pourquoi avez-vous choisi de devenir chercheur ?

La curiosité pour les sciences « naturelles » : vouloir comprendre, percer les mystères de la nature. J’étais attiré par la biologie, la météorologie, l’océanographie et l’astronomie : je ne le saisissais pas complètement à l’époque, mais c’était un goût pour ce qu’on appelle aujourd’hui l’interdisciplinarité. L’astrophysique, au carrefour de toutes les branches de la physique, est un terrain de jeu idéal ; dans les prochaines décennies, lorsqu’on découvrira la vie extraterrestre, (remarquez bien que j’emploie le futur et pas le conditionnel) ce sera le Graal.

Qu’aimez-vous dans la science ?

La satisfaction d’aboutir à une compréhension des phénomènes, et l’insatisfaction permanente de savoir que cette compréhension n’est en général que partielle, et qu’il reste toujours des progrès à faire : l’histoire ne se termine jamais. Quant à l’activité elle-même de recherche scientifique, c’est le summum de la pratique de la liberté.

Que faites-vous au quotidien ?

Des choses en général extrêmement prosaïques : écrire des bouts de programmes d’ordinateur, les tester, les améliorer, les utiliser sur des données, en être en général insatisfait, recommencer en essayant de comprendre pourquoi ça ne marche pas aussi bien que ça devrait, etc… La Science avec un grand S, c’est 5 pour cent de l’activité, le reste, c’est « de l’intendance ». En ce moment, depuis deux ans, je travaille avec des collègues chinois sur le traitement de données spectroscopiques issues d’un grand projet très innovant, LAMOST. Les problèmes purement techniques sont considérables, et ça mange beaucoup de temps d’essayer d’en venir à bout. Mais on avance petit à petit.

Quels sont vos projets professionnels pour 2014-2015 ?

Je suis en fin de carrière, donc je n’ai plus de projets à long terme comme je pouvais en avoir il y a encore 5 ou 6 ans. Je m’attache à terminer plusieurs travaux entrepris avec les collègues de Pékin, sur certains types d’étoiles peu communs découverts en traitant une base de données de centaines de milliers de spectres, et développer des moyens de traitement automatique des spectres de LAMOST pour accéder rapidement à des paramètres astrophysiques utilisables pour des galaxies à raies d’émission.
Je continue aussi à m’investir dans la diffusion de la cultures scientifique, faire des conférences, intervenir dans des stages d’été pour amateurs, etc…

Sur un volet plus personnel, pourriez-vous parler d’un livre, d’un film, d’une visite que vous avez particulièrement apprécié. Une source d’inspiration…

Un livre : « Au-dessous du volcan » de Malcolm Lowry, l’un des plus extraordinaires romans jamais écrits, mais mes années de jeunesse ont été beaucoup marquées par « Les Thibault » de R. Martin du Gard que j’ai dû lire et relire au moins six fois, et dont je relis des passages de temps en temps.
Un film : choix difficile ! Au 20e siècle, « Les Temps Modernes » de Chaplin, « L’Heure du Loup » de Bergman, mais il y en a tant d’autres…
Une visite : le Palais d’Eté à Pékin, où je retourne deux fois par an depuis 2011, mais aussi le cimetière marin de Venise, un endroit fabuleux, en novembre, quand il n’y a personne.